
C’est en dormant que les mots de Murmure se sont envolés. Ce matin, la mangrove est silencieuse, les mots sont perdus. Au-dessus de la masse arborescente, une chappe, comme un temps suspendu, les habitants sont en deuil.
Murmure est pétrifié, aucune parole ne sort de sa bouche. Il se met en chemin à leur recherche, en soulevant les feuilles, sous les racines et même au fond de l’eau.
Puis, petit à petit des formes, des sons se font échos au fond de la forêt. Et face à lui : Mime. Il danse. Son corps prend forme dans les branches des arbres. Quel spectacle !

Murmure retrouve dans cette masse liquide, les mots perdus, ceux de ses ancêtres et les siens. Il découvre aussi cette Fuite, urgente et radicale, trouvant refuge au creux des palétuviers et dansant entre les feuilles et le vent, l’eau et la vase.
Le mouvement que le corps opère dans cet espace-temps est indicible mais il soignera. Il protègera. Car il s’agit de corps à protéger quand on parle de fuite.
C’est un déplacement qui prend racine dans l’urgence. Dépasser. Et puis, il y a la radicalité car il ne reste plus que ça pour survivre. Il ne reste que cette fameuse colère que l’on veut silencer. Cette colère impossible à négocier qui fait danser vers la Fuite. Urgente mais lente.
Il faudra du temps pour fuir. Pour la penser et construire ce qui arrive après.
Alors entre les palétuviers Murmure apprend à parler radicalement et autrement. Peut-être qu’il fuit lui aussi ?

Murmure imagine que, peut-être, ses mots ont un autre corps, un territoire différent de sa propre enveloppe. Peut-être sont-ils l’héritage des luttes, des gestes et des sons que la maison-monde protège.
« Le rêve de la fugitive allait au-delà des frontières du continent ; c’était un rêve de la maison-monde. (…) C’était l’héritage de la fugitive. C’était le rêve d’un ailleurs, avec toutes ses promesses et ses dangers, où celles qui n’ont pas d’État pourraient, enfin prospérer. » nous conte Saidiya Hartman2.
De ce rêve, Murmure en fait une danse au rythme des douces chansons de sa maison.
Xwéfa G.
